Autoportrait improvisé en CMYK, sérigraphie, 2020

Autoportrait improvisé en CMYK, sérigraphie, 2020

 
 

DÉMARCHE

Ma démarche actuelle s’ancre dans la construction et le rapport à l’image, un processus évolutif où la répétition et l’accumulation de gestes deviennent des rituels. Ces moments de création, à la fois intuitifs et réfléchis, sont bien plus que de simples exercices techniques : ils incarnent une exploration constante de la forme et de la couleur, un dialogue entre le geste spontané et la recherche visuelle.

Dans ce processus, j’accepte l’imperfection et les détours imprévus qui jalonnent mon travail. L’improvisation y joue un rôle central : l’imprévu devient une opportunité, une voie nouvelle à explorer plutôt qu’un obstacle. Il ne s’agit pas de rechercher une image parfaite, mais de laisser place à l’inattendu, de permettre à l’inconscient de s’exprimer et de transformer l’errance en richesse.

La couleur occupe une place essentielle : elle ne se limite pas à un élément esthétique, mais devient un langage à part entière. Par superpositions et juxtapositions, elle fragmente l’espace, créant des paysages à la fois réels et chimériques. Elle naît elle aussi de l’instant, structure la composition, interagit avec la matière et donne vie aux formes.

Ma pratique s’articule autour de la peinture, du dessin, du livre d’artiste et de l’aquarelle, en dialogue avec diverses techniques d’estampe (sérigraphie, eau-forte, pointe sèche, lithographie sur pierre, photolitho). J’explore ainsi la tension entre la rigueur des procédés d’impression et la liberté du geste. Le contrôle technique, notamment en sérigraphie, se heurte à l’aléatoire. De cette confrontation naissent des superpositions, des jeux de transparences, qui viennent interroger l’espace et notre perception. Je cherche à déconstruire les codes traditionnels du paysage, à en proposer une vision sensible et mouvante, où l’individualité de chacun se reflète dans l’expérience du regard. À l’ère du numérique, je fais le choix d’une approche résolument manuelle, privilégiant le contact direct avec la matière et le geste.

La sérigraphie occupe une place centrale dans ma pratique actuelle, non pas seulement pour sa rigueur technique, mais pour les qualités visuelles qu’elle permet d’atteindre : l’intensité des couleurs, la finesse des transparences, la richesse des textures. Certaines images pourraient peut-être être simulées numériquement, mais dans mon processus, elles naissent dans l’instant, directement dans l’écran. Les mélanges de couleurs, les superpositions imprévues et les traces de la trame de la soie s’impriment dans la matière, révélant des nuances impossibles à reproduire autrement. La mince couche de peinture déposée par l’écran ne peut être imitée ni par une application manuelle, ni par une impression numérique : elle porte en elle la spontanéité du geste, la vibration de l’outil et la physicalité du médium.

Si les techniques d’impression sont souvent perçues comme précises et maîtrisées, j’aime détourner cette rigueur, en faire un terrain d’expérimentation, où l’inattendu émerge et l’étonnement devient possible.

BIO

Née en 1985 à Trois-Rivières, Cathy Bélanger a complété son baccalauréat en Arts visuels à l’UQTR en 2007 et son DESS en enseignement des arts au collégial en 2010. Elle participa à sa première exposition collective en 2004 qui sera exposée entre autres à la Galerie d’art du Parc à Trois-Rivières et au Centre des arts de Shawinigan, puis à plusieurs autres dont en 2014 à la Galerie C.O.A à Montréal, en 2023 à la 13e Biennale internationale d’estampe contemporaine de Trois-Rivières ainsi que pour différents projets collectifs de l’Atelier Presse Papier à Trois-Rivières. Ses oeuvres font partie de plusieurs collections privées et publiques, dont celles de la Bibliothèque des Archives nationales du Québec, de Majudia à l’Arsenal à Montréal, des Caisses populaires Desjardins, de la Ville de Trois-Rivières, de l’UQTR et plusieurs autres.